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Cuir ou alternative végétale ?

Aujourd’hui, nous avons décidé de nous pencher sur un sujet qui nous tient à coeur et nous touche directement : l’industrie du cuir. Le but de cet article est de vous informer sur tout ce qu’engendre l’industrie du cuir, aussi bien au niveau du bien-être humain et animal qu’au niveau environnemental. Avec cet article, nous souhaitons vous inviter à mener une réflexion sur cette industrie et à la considérer dans sa plus grande transparence. Il n’est pas question ici d’établir une certaine morale, mais seulement d’expliquer des faits tels qu’ils sont réellement. Cette article vous permettra également de mieux comprendre nos convictions et nos engagements avec Minuit Sur Terre !

 

1 – L’industrie du cuir

– Animaux

 

 

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Cette industrie du cuir est gigantesque et génère plusieurs milliards d’euros chaque année et ne connaît pas la crise. L’industrie du cuir fournit toutes sortes d’entreprises en matière première pour la confection de maroquinerie, vêtements et chaussures. Le cuir peut être issu de multiples animaux comme la vache, le porc, le veau, l’alligator, le serpent, la chèvre selon l’objet pour lequel il sera utilisé… Mais depuis quelques années, grâce à de multiples recherches et des investigations sur le terrain même de ces industries fournissant le cuir, nous savons qu’il est possible que nos vêtements, accessoires ou chaussures peuvent être fabriqués à partir de cuir de chat ou de chien, notamment en Asie. En effet, si vous vous intéressez à l’étiquetage des vêtements ou accessoires en cuir, l’origine même n’est pas indiquée. En Asie, mais également en Inde, il n’y a aucune loi concernant le bien-être des animaux. Une investigation menée par Peta révèle les conditions atroces dans lesquelles les animaux sont traitées : les travailleurs brisent la queue des vaches et leur jettent du piment dans les yeux pour les forcer à avancer vers l’abattoir. Mais ces horreurs sont également présentes dans des pays tels que les Etats-Unis, où parmi les millions de vaches et d’autres animaux tués pour leur peau, beaucoup subissent les horreurs de l’élevage industriel – surpeuplement et privations extrêmes ainsi que castration, marquage de la marque, épilation de la queue et écornage – le tout sur des animaux encore vivants et conscients.

Désormais, nous savons que la plupart des cuirs utilisés pour la confection de vêtements ou accessoires en cuir en Europe, proviennent du Bangladesh avec en moyenne 141 millions d’euros de peau tannées vendues aux pays Européens et l’on peut comptabiliser 1,4 milliards de peaux de vaches, moutons, chèvres qui sont transformées en cuirs chaque année. Certains pensent qu’il n’existe aucun lien entre l’industrie de la viande et l’industrie du cuir, mais au contraire, leur lien est bien plus étroit qu’on ne pourrait le penser et l’un ne peut exister sans l’autre…

 

– Le business du cuir et de la viande

 

L’industrie de la viande et du cuir fonctionnent parfois ensemble et forment un lobby puissant. Le cuir représente en moyenne 40% des profits tirés de l’animal, lorsqu’ils ne sont pas élevés uniquement pour leur peau.

Il s’agit donc bien d’un réel business existant sur le marché. Il faut savoir que contrairement à ce que l’on peut croire, l’industrie du cuir n’existe pas seulement pour récupérer les peaux qui ne servent pas à l’industrie alimentaire. En effet, les animaux peuvent être uniquement élevés de manière intensive dans le but de les tuer pour récupérer seulement leur peau. C’est le cas par exemple en Inde et au Bangladesh, où les vaches, animaux sacrés, sont maltraitées et tuées dans le seul but de récupérer leur peau pour les industries du cuir. Comme cité dans cet article, 141 millions d’euros de peau tannées sont envoyées vers l’Europe chaque année. Cela nous donne une petite idée de l’ampleur de cette industrie 100% cuir.

Le cuir n’est pas un sous produit de la viande, ce n’est pas un « déchet » qui est recyclé, il est plus valorisé que la viande. L’argument qui consiste à dire que ne pas utiliser la peau alors que l’animal est mangé et qu’il ne faut donc pas faire de gaspillage n’est donc pas reçevable.

Mais le cuir, c’est aussi le traitement des peaux qui non seulement est fortement polluant mais aussi toxique pour la santé humaine, au point de mettre en danger la vie de ces derniers.

 

– L’humain et l’environnement

 

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Après être récupéré sur l’animal, le cuir est chargé de produits chimiques pour éviter qu’il ne se décompose après l’achat par le consommateur. Sels minéraux, formaldéhyde, dérivés de goudron, colorants à base de cyanure, chrome, sont quotidiennement utilisés lors du processus de tannage. Les eaux usées et les déchets solides (comme les peaux) provenant des tanneries sont souvent relâchés dans les rivières, berges de rivières ou à proximité des champs, polluant les eaux et les sols. En 2012, l’ONG Blacksmith Institute, qui travaille pour réduire la pollution dans les pays en voie de développement, a inclus les tanneries parmi les dix industries les plus toxiques à l’échelle mondiale. A cause de cette production si dangereuse, elle a été abandonnée dans la plupart des pays en Europe et aux USA, mais ces opérations sont délocalisées : ce qui revient à mettre en danger la santé des gens dans d’autres endroits du monde pour permettre aux gens des pays riches de continuer de porter du cuir. Une belle solution…

Il faut savoir qu’en Europe, 3700 entreprises sont soumises aux règlements de REACH (Registration, Evaluation, Authorization and restriction of CHemicals) soit Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques. Son objectif est d’améliorer la protection de la santé humaine et de l’environnement, tout en maintenant la compétitivité et en renforçant l’esprit d’innovation de l’industrie chimique européenne. Mais nous ne sommes pas assez naïfs pour savoir que ce type de réglementation n’a pas de réelles conséquences positives sur cette industrie. Car, comme dit précédemment, la plupart des industries Européennes se procurent leur cuir dans des usines en Asie principalement, où aucunes réglementations environnementales, humaines et sanitaires n’est mises en place.

A ce sujet, PETA Allemagne a enquêté sur le commerce du cuir à Dhaka au Bangladesh. Ils ont visité le district résidentiel très pauvre à Dhaka, où 15 000 travailleurs s’échinent dans plus de 200 tanneries. Les travailleurs marchent pieds nus dans des effluves toxiques de chrome et manipulent de l’acide et du décolorant, causant des maladies de peau chroniques, et même des cancers. Les travailleurs ne sont souvent pas équipés de masques ou de lunettes de protection, pour les protéger des vapeurs qui peuvent causer des troubles respiratoires graves. Jusqu’à 90 % des employés de tannerie meurent avant l’âge de 50 ans. De nombreuses études ont démontré le lien entre les cancers du sinus, des poumons et le chrome utilisé en tanneries. Des études en Suède et en Italie auprès des travailleurs de tanneries ont trouvé que le risque de cancer est « entre 20 et 50 % plus haut que le risque attendu. ».

Ces produits chimiques ne disparaissent pas tous seuls. Des tests réalisés par des magazines de consommateurs ainsi que le système d’alerte de l’Union européenne, RAPEX, révèle régulièrement des concentrations dangereuses de chrome hexavalent – qui irrite aussi la peau et peut engendrer de l’eczéma par exemple – dans des chaussures, vestes et gants en cuir. En moyenne, un tiers des produits en cuir testés sont contaminés lors de leur mise en vente sur la marché.

En parallèle de ces désastres humains et animaliers, l’industrie du cuir a d’énormes conséquences en Amérique du Sud et principalement au Brésil : l’élevage des bovins destinés à produire de la viande et du cuir sont à l’origine des 2/3 de la déforestation de l’Amazonie, alerte l’association Envol Vert dans un rapport.

Selon l’International Council of Tanners (ICT) cité par les ONG, près de 65% du cuir utilisé mondialement serait en effet d’origine bovine. Les produits finis de l’industrie de la chaussure occuperaient le premier rang avec 53% de l’utilisation de cuir toutes origines confondues.

En plus des désastres causés à cause de l’élevage bovin intensif, une étude révèle que la qualité des eaux usées varie considérablement d’une étape de production à l’autre. Les opérations de pré-tannage sont les plus polluantes avec des teneurs en DCO  (demande chimique en oxygène permettant d’évaluer la charge polluante des eaux usées) qui peuvent atteindre 30 000 mg/L. L’analyse des eaux usées au niveau du bassin de collecte, où s’achemine l’ensemble des effluents de l’usine montre que la DCO fluctue entre 700 et 3 400 mg/L et les matières en suspension entre 500 et 8 000 mg/L avec des charges polluantes moyennes de 114 et 358 kg/jour respectivement. Ces eaux sont aussi chargées en chrome avec des teneurs qui se situent entre 40 et 115 mg/L, soit une charge de 6,5 kg/jour. La teneur en sulfures varie entre 65 et 160 mg/L. En outre, l’indice de biodégradabilité indique que ce rejet n’est pas facilement biodégradable. Face à de tels constats, certaines solutions comme le tannage végétal ont été proposé : mais cette solution ne résout seulement pas le problème de l’environnement de travail pour les travailleurs du cuir, sans solutionner le problème environnemental et animalier. En effet, le tannage végétal implique l’utilisation de méthodes conventionnelles mais avec l’utilisation de produits naturels. Le tannage végétal consomme beaucoup de ressources et de temps (15 à 30 mois selon la méthode employée) et ce sont 30kg d’écorces, 20kg de fruits ou 90kg de bois de chêne qui sont utilisés pendant ce processus. Malheureusement, ce processus à base végétale, utilise un quantité d’eau énorme et cette solution ne représente que 5 % de la production de cuir. C’est pourquoi le tannage végétal ne pourra jamais remplacer le tannage au chrome, car il n’est pas une alternative plus écologique ou économiquement plus viable que ce dernier.

 

2 – Pourquoi se diriger vers une alternative végétale/végane ?

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Ces chiffres et différentes enquêtes nous montrent bien que l’industrie du cuir a une forte influence sur l’état de notre planète et augmente considérablement notre impact écologique personnel lorsque nous faisons le choix d’acheter une paire de chaussures en cuir. De plus, acheter des produits fabriqués à partir de cuir implique que nous participons indirectement à cette industrie du cuir et que nous cautionnons la maltraitance humaine et animale qu’elle implique. Face à ce constat, il apparaît évident que consommer des produits fabriqués à partir d’alternatives dites véganes ou végétales, soit à base de plantes, céréales, ou de fruits est la solution la plus humaine et écologique à prendre. Etre bien chaussé doit-il être un prétexte ou une bonne raison pour maltraiter, tuer des animaux et participer à l’exploitation de travailleurs ?

Pour finir, nous vous proposons quelques données chiffrées de sources sûres afin de comparer de manière concrète l’impact environnemental du cuir et celui de l’alternative végétale que nous utilisons chez Minuit Sur Terre.

Pour l’élevage seul, on considère que les émissions de carbone des systèmes d’élevage bovins s’établissent à 13 kgCo2/kg de poids vif. Une vache pèse en moyenne 700 kg. Élever une vache émet donc 9100 kgCo2. La peau d’une vache pèse en moyenne 10 kg. Pour chaque kilo de peau, les émissions s’élève donc à environ 910 kgCo2/kg de peau.

En ce qui concerne le processus de tannage du cuir, on peut différencier plusieurs étapes. Le tannage, pour un cuir de qualité moyenne tanné en Asie, émet 0,906 kgCo2/kg. Le ponçage émet quant à lui 0,107 kgCo2/kg et le laquage polyuréthane du cuir 1,88 kgCo2/kg. Les finitions post-tannage du cuir émettent 2,62 kgCo2/kg.

Si on considère l’élevage comme faisant partie du processus de production de cuir, l’empreinte carbone du cuir de vache revient donc en moyenne à 915 kgCo2/kg. Si l’on met à part l’élevage, en considérant le cuir comme un sous-produit de l’industrie de la viande, l’empreinte carbone s’élève à environ 5,5 kgCo2/kg, sans compter le transport.

On considère que la consommation d’eau de l’élevage bovin s’élève à 14 000 litres par kg de protéine. Le cuir étant un sous-produit de l’élevage, il est donc issu d’un processus très gourmand en eau.

Le simili-cuir lisse utilisé dans nos modèles est constitué à 78 % de polyuréthane, 16 % de polyamide et 6% de viscose. On peut donc estimer que les émissions de carbone pour cette matière s’élèvent à 4,4 kgCo2/kg.

Le simili-daim utilisé dans nos modèles est constitué à 42% de coton, 38% de polyester et 20% de polyuréthane. On peut donc estimer que les émissions de Co2 s’élèvent à 2,52 kgCo2/kg pour cette matière.

Le renfort talon utilisé pour tous nos modèles est composé de 50% de polyamide et 50% de polyuréthane, ce qui fixe ses émissions à 5,25 kgCo2/kg.

La doublure et la semelle intérieure sont fabriquées avec des polymères issus de ressources durables. Notre fournisseur estime que les émissions de Co2 de ce produit sont proches de zéro.

La totalité des matières que nous utilisons a donc un faible bilan carbone comparé au cuir, notamment si on prend en compte le processus d’élevage, ce qui semble le plus logique. Si on met à part le processus d’élevage, en ne comptant que le tannage, les émissions pour les matières que nous utilisons restent inférieures. Nos matières sont fabriquées en Italie ce qui diminue considérablement le coût des transports en terme d’émissions.

Pour le synthétique, les faibles pertes de matières comparé au cuir sont également à prendre en compte. En effet, le cuir génère des pertes issues de l’irrégularité de la peau animale (pattes, tête…), ce qui n’est pas le cas pour le synthétique où toute la surface est utilisée, ce qui génère moins de gaspillage.

On estime que la production de polyamide a une empreinte eau de 663 litres d’eau par kilogramme. Celle du polyester s’élève à 17,2 litres d’eau par kilogramme et celle du viscose 640 litres d’eau par kilogramme. Ces matières sont nettement moins gourmandes en eau que le cuir si on considère la quantité d’eau nécessaire pour l’élevage.

Pour ce qui est du coton, le Water Footprint Network estime que l’empreinte eau moyenne de la fabrication de coton est de 10 000 litres par kilogramme. La production de coton est très gourmande en eau. Cependant, le coton ne constitue qu’un certain pourcentage des matières que nous utilisons. Si on considère les matières dans leur globalité, l’empreinte eau reste inférieure à celle du cuir, sans considérer la pollution massive des cours d’eau dans les tanneries bangladaises.

 

Avec les données chiffrées et les témoignages issus d’investigations sur le terrain que nous vous avons communiquées, il est certain qu’arrêter d’investir dans des articles en cuir réduit considérablement notre impact écologique : rappelons que c’est une des industries les plus polluantes si l’on considère le cycle dans son ensemble, depuis l’élevage. Arrêter ce type de consommation nous permet aussi d’acheter des produits sans cruauté humaine et animale. Dernièrement, nous avons appris avec bonheur que le grand couturier français Jean-Paul Gaultier avait pris la décision de ne plus utiliser ni fourrure, ni cuir pour ces prochaines collections. Nous espérons que ce mouvement suivi par les plus grands seront pris comme modèle par les plus petites entreprises.

 

 

 

Nos sources :

https://www.viande.info/elevage-viande-gaz-effet-serre

http://www.bilans-ges.ademe.fr/static/documents/[Base%20Carbone]%20Documentation%20g%C3%A9n%C3%A9rale%20v11.0.pdf p.156

http://www.bilans-ges.ademe.fr/static/documents/[Base%20Carbone]%20Documentation%20g%C3%A9n%C3%A9rale%20v11.0.pdf p.213

https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2008/aug/27/ethicalfashion.leather

https://books.google.fr/books?id=QAujAgAAQBAJ&pg=PA15&lpg=PA15&dq=polyamide+kgco2/kg&source=bl&ots=hKXb1AI1Rr&sig=hlCCdXr-p4SE9h-yM7s7-fbrcGY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiQmuXC59HUAhUSKVAKHTCpBuwQ6AEIMDAB#v=onepage&q=polyamide%20kgco2%2Fkg&f=false p.15 et 203

http://waterfootprint.org/en/resources/water-footprint-statistics/#CP1

https://one-voice.fr/

https://www.petafrance.com/nos-campagnes/habillement/lindustrie-du-cuir/

https://www.usinenouvelle.com/article/la-filiere-francaise-du-cuir-craint-de-souffrir-de-la-tendance-vegan.N492309

https://www.avesu.fr/en-savoir-plus/cuir-et-tannage-fr.html

https://www.erudit.org/fr/revues/rseau/2008-v21-n4-rseau2468/019168ar/

https://www.actu-environnement.com/ae/news/cuir-deforestation-envol-vert-greenpeace-FFC-eram-tannage-chrome-vegetal-alternatives-18019.php4